Le Congo comme une évidence.

Le 30 juin 1960. La date de l’accouchement d’une Nation inachevée. Le drame de ces tribus résidus d’Etats organisés qui avaient occupé l’espace et les imaginaires avant que les esclavagistes et les colons ne viennent foutre la pagaille, c’est que, ce dont ils avaient le plus besoin en cette date-là, c’était moins d’indépendance que d’identité.

Les armoiries du Congo. Source : Isidore Ndaywel, Brève histoire du Congo, ed. Mediaspaul.

C’est quoi le Congo aujourd’hui, cet héritage-fardeau ? C’était quoi le Congo en 1960 ? Un peuple uni par le sort ? Non. Le Congo est tout sauf un accident. Le Congo c’est le fleuve. Le bassin hydrographique de ce fleuve en forme courbée comme les chutes de reins de nos femmes, nourri par tant de cours d’eau, comme une femme gâtée par une multitude de prétendants prêts à tout pour la belle. Il faut se rendre à l’évidence, le Congo est une évidence, qui aurait surgi de l’histoire, forcément, à un moment ou à un autre. Même sans la sanglante intervention occidentale.

Les drapeaux du Congo. Source : Isidore Ndaywel, Brève histoire du Congo, ed. Mediaspaul.

Le Congo est une évidence qui s’est imposé aux puissances de Berlin. Pas un accident. Le Congo est une destinée pas le fruit d’un compromis bancal et mercantile. Le Congo est une histoire qui a porté elle-même les germes de son demain. C’est cela le

Congo. Je crois que la vraie indépendance n’est ni politique, ni même économique. Elle est mentale, mais surtout mémorielle et identitaire. Le Congo n’est pas le fruit d’un dessin tracé à Berlin par des vieillards ventripotents, et cupides. Le Congo n’est pas l’histoire des banals comptoirs d’achat, évolués en postes d’exploitation. Non le Congo n’est pas né à Berlin, ni de la rencontre entre deux européens aventuriers perdus dans nos brousses et nos savanes et dont on a fait les retrouvailles un jalon inutilement important de notre histoire. Le Congo n’en a rien à foutre dans sa posture à vocation millénaire de cet arbre troué qui aurait logé un étranger dans son ventre et dont nous avons fait un symbole de notre tourisme mémorielle. Il faut dégager le Congo de ce récit-là. Et en inventer un autre. Oui parce que les récits de tous les peuples s’inventent. Avec les bribes des butins des mémoires.

Non, il ne faut pas dire que le Congo a son destin tributaire de la conférence de Berlin. Il faut dire que le Congo est la grossesse de l’Afrique, qu’il est né de sa propre naissance, conçu de son propre coït avec les terres et les eaux qui l’ont façonnée en bassin et en cuvette avant d’abriter des états successifs et inutiles. En fait le seul Congo qui a une existence réelle et conforme à l’ordre des choses, c’est ce Congo là, géographique et historique, le Congo étatique n’est pas encore né. Parce que les institutions naissent de l’imaginaire et nous notre imaginaire est inachevé. Je n’irai pas jusqu’à dire que Les éternuements et les fièvres qui nous tiennent grabataires depuis des décennies tirent leur origine dans cet errement d’identité. Il est de la nature des peuples de vivre d’atermoiements pendant un certain temps qui peut être long. J’ai bon espoir que nous passerons cet étape là. Mais je pense que ce sera plus long, si l’on tarde à se raconter une autre version, non, un autre versant de notre histoire. Le Congo est une évidence. Il a existé déjà dans les échanges avérés entre les royaumes et les empires qui nous ont construit les peuples que nous sommes. Il a existé dans le cours de ce fleuve qui réunit les peuples comme il unit ses affluents. Il a existé dans nos migrations communes, et diverses mais qui ont toutes convergé à nous installer dans cette cuvette du Congo.

Isidore Ndaywel, Brève histoire du Congo, ed. Mediaspaul.

Je vais poursuivre mon propos ailleurs. Aujourd’hui, on commémore, on ne fête pas dit le président. Parce que la saignée continue. Parce qu’à défaut de gagner des coupes, nous offrons au monde les croupes de nos mères à violer. A l’échelle de notre histoire millénaire passée et à venir, ce sont des petits incidents, des soubresauts mineurs que le Congo aura oublié dans quelques années ou dans quelques décennies ( quand on aime on ne compte pas le temps). Mais à l’échelle de nos pauvres vies humaines, c’est un Congo-gâchis dont les douleurs nous griffent. En fait ce Congo là, il faut nous en éloigner, le couvrir de nos vomis. Lutter contre ses odeurs putrides par nos propres odeurs, celles des émanations de nos vomis et autres effluves. Parce que ce Congo là ne mérite pas autre chose. Il faut se révolter contre ce Congo là, refuser de le banaliser. Nous méritons un meilleur Congo et en entendant d’avoir le Congo de nos rêves, nous pouvons déjà bâtir un Congo plus conforme au récit qui est profondément le sien. Un Congo puissant et dans lequel bat le Cœur de l’Afrique.

L’erreur dans notre approche axiologique, c’est que notre profession de foi pour le Congo est tout dirigé vers le futur. Alors qu’il s’agit d’abord de croire en notre passé. On nous l’a tracé en pointillé. Il nous faut faire preuve d’imagination pour le tourner à notre avantage.

Isidore Ndaywel, Brève histoire du Congo, ed. Mediaspaul.

Dans cette guerre mémorielle, Les commémorations, les célébrations ont leur place. Si on ne veut pas fêter, à juste titre, il n’y a aucune raison pour faire l’impasse sur une commémoration solennelle. Aucune ! On ne peut pas rêver le Congo éternel, si on ne marque pas d’une pierre blanche, le jour où nous sommes symboliquement redevenus ce que nous n’avons jamais cessé d’être. Une évidence ! À se réapproprier.

[semaine 25/2019, tenir debout]

Les humains sont avec les pingouins ( pourquoi ça me fait rire, le nom de cet animal ?) les seuls animaux terrestres à se tenir réellement debout. Pendant longtemps, il a été enseigné que la station debout est la cause de l’intelligence exceptionnelle de l’humain. Aujourd’hui, les scientifiques n’en sont plus aussi sûrs. Cela dit une majorité continue de penser que la station debout a été un des facteurs permissifs de l’évolution de l’intelligence humaine, sans en être le seul. ( http://cepheides.fr/article-de-l-evolution-la-bipedie-condition-de-l-intelligence-73358586.html )

Cela dit, il n’en reste pas moins que la bipédie est caractéristique de l’humain. La position debout est beaucoup liée au sentiment de fierté, de dignité, d’humanité simplement. Presque une image allégorique de l’évolution de l’humanité et de celle de l’individu humain. L’enfant qui commence sa vie couché, avant de réussir à se mettre à quatre pattes puis se dresser, de se mettre debout.

Se tenir debout. Diane Bajika, poétesse, actrice, cinéaste, entre autres en représentation de la posture célèbre de Papa Wemba.

Se tenir debout. Recherche au plus profond de soi ce qui fait de nous des humains et ensuite le porter fièrement au front. Se tenir debout est une affaire tout sauf anodine. Il prend racine dans ce que nous sommes de commun en tant qu’humain et dans ce que nous sommes de singulier. Oui tenir debout est une affaire de dignité.

Parfois ce n’est pas facile. Parfois c’est le plafond qui est bas, parfois le ciel est traversé d’éclairs et de violentes tornades. On est bien obligé de baisser la tête pour un moment. Parfois il faut ruser avec la vie, le destin. Mais il ne faut pas oublier … c’est une affaire de dignité ! Redressez-vous à la prochaine occasion !

Bonne semaine à nous tous. C’est la 25 ème de l’année.

PS C’est bientôt l’anniversaire de l’indépendance de la RDC, qui nous chante en hymne : « dressons nos fronts » dans un chant nommé « debout congolais ! »

PS 2. Parfois c’est difficile de rester debout ! Mais le combat de la vie devrait être celui-là. Et tous les hommes, fondamentalement, passent leur vie à trouver le moyen de se ternir et de rester debout. Quelque fois, on ne choisi pas la bonne voie. Mais il faut continuer à lutter.

PS 3. Bonne chance aux léopards de la RDC engagés dans la CAN De foot. Le foot c’est une merveilleuse école de la vie. Jouer collectif tout en hésitant pas à prendre ses propres responsabilités.

[faites … des Pères]

Fête des pères. Américaine en tout cas. Nous, sommes tellement hospitaliers que nous avons ouvert nos portes et fenêtres à toutes les fêtes d’ailleurs. C’est ainsi que chaque année, on en vient à fêter plusieurs fois par an les fêtes de père et de mère en plus de notre fête des parents (on ne veut pas les séparer). Peu importe, puisqu’abondance de bien ne nuit pas.

Fête de père, je pense à mon père. A notre histoire peu commune mais assez banal d’un départ qui n’a pas attendu De me voir grandir, un départ, juste le temps de me voir apprendre à marcher, un départ, même pas le temps de me voir courir.

Je pense à mon père. Pas à son visage que des photos m’ont appris à dessiner dans ma mémoire. Non ! Je ne pense pas à l’histoire de sa vie qu’au fil des ans, j’ai recomposé comme un puzzle. Non ! Je ne pense pas à ce nom que je porte en partie et que j’astique du mieux que je peux pour que de là haut, il le voit briller. Non, ce à quoi je pense en ce moment, c’est à sa voix. Cette voix que je rêve de stentor, un peu nasillarde comme la mienne. Cette voix, je l’ai bien entendu à l’aube de ma vie, crépuscule de la sienne. Cette voix se trouve quelque part en moi, dans ces mémoires parallèles des choses dont on ne se souvient pas. Cette voix, la voix de mon père, le moi enfant, l’a entendu mais le moi adulte l’a oublié. Comme j’aimerai tellement l’entendre …

Forcément quand on a perdu son père avant d’avoir trois ans, le jour de la fête des pères … on pense à sa mère. Cette femme qui se levait avec le courage et détermination, pour que la faim et le dénuement ne nous effleurent pas. Nous ? Oui bien-sûr, parce que si ma mère n’a connu les douleurs d’enfantement que pour moi, en bonne mère africaine, elle l’a été pour plusieurs.

Quand je pense « fête des pères », je pense aussi à mes pères de substitution, tous ceux qui ont joué ce rôle en parties plus ou moins grandes ou petites et qui puisent leur récompense dans le plaisir de me voir avancer pas à pas, grâce aux forces gagnées dans leur amour. L’un d’eux en particulier mérite cet honneur, celui dont j’ai suivi la trace même professionnelle, et qui est tellement discret et réservé, qu’il m’en voudrait de tracer son nom ici.

Mais cette célébration ( sur les réseaux sociaux, je doute que les pères aient reçu bcp de cadeaux aujourd’hui), me fait penser surtout à tous les hommes et les femmes en désir de parentalité mais dont les vœux n’ont pas encore été concrétisés. On ne le dit jamais assez, l’une des plus grandes violences de notre société est exercée sur les couples en attente de parentalité. Alors que cette situation est intrinsèquement violente. Les pressions, les humiliations, les brimades, rien n’est épargné. Surtout aux femmes. Désirer avoir un ou des enfants est légitime. Mais notre société doit accompagner ce désir, pas en faire un affreux épouvantail. Quelque soit ton envie d’avoir un neveu, il n’est pas plus grand que celui de ton frère ou ta sœur d’avoir un fils ou une fille. Ce sujet est certes difficile mais il est crucial qu’il soit abordé publiquement et que chacun soit sensibiliser.

Voilà ! C’était ma journée fête de père… américaine. Car en fin de compte, américaine ou non, l’important n’est pas de fêter les pères, mais d’en faire des vrais. Faites des pères donc.

[Attention ! Ce Roman prend date] Pensée faux bore, Joël Makengo, éditions Nzoï, 2018.

Ce Roman de Joël Makengo est une révolution.

J’ai moi-même, écrit en lingala. C’est donc avec un a priori positif que j’ai abordé la lecture de ce Roman, qui revendique son encrage en terre de « Kinoiphonie ».

Je disais tout à l’heure qu’il est révolutionnaire. Non pas qu’il soit la première œuvre littéraire en lingala. Richard Ali l’a précédé sur cette voie et son roman Ebamba, connaît un succès mondial avec bientôt sa deuxième traduction (française après l’américaine). Christian Gombo lui aussi a publié « Bolingo eza na Bozoba », un magnifique roman également. Nous parlerons de ces deux œuvres bientôt sur ce blog.

La spécificité de Makengo, c’est le parti pris de sa langue. Il n’écrit pas vraiment en lingala, il écrit plutôt en Kinois, cette langue inventée par le génie de cette ville chaleureuse, brouillante et créative.

Le Kinois est un mélange du lingala originaire, du Français, du Kikongo, du Tshiluba, du swahili et même de l’anglais, une langue particulièrement dynamique. On pourrait être tenté de le qualifier de pidgin. Mais ce serait à tort à mon avis. En général les pidgins et les créoles sont basés structurellement sur les langues occidentales. Ce sont des langues occidentales « tropicalisées » alors que le Kinois est lui plutôt structurellement basé sur le lingala. On pourrait penser que le Kinois s’apparente à une certaine forme d’argot du lingala. C’est inexact. En effet, le Kinois est une langue à part entière, qui a depuis adopté une autonomie fonctionnelle propre et possède lui-même son propre argot et même ses propres versions codées ( comme le Verlan pour le français).

Trêve d’incursion dans le domaine des linguistes, qui n’est pas le mien. Comme Joël Makengo, je ne suis qu’un utilisateur du Kinois et non un théoricien. Il a donc choisi de raconter une histoire dans cette langue qu’il connaît bien. Et qui raconte bien kinshasa dans sa complexité et son intelligence profonde.

L’intrigue, elle-même est assez simple. Un jeune Kinois, étudiant, raconte ses déboires amoureux. Il vient de quitter Renate pour infidélité qu’il croyait avéré, il a rencontré Eleanor, qu’il appelle son lait et son miel, mineur d’âge, qu’il couve en attendant qu’elle atteigne l’âge légal pour recevoir licitement ses assauts. Mais les soupçons le rattrapent. Entre temps, Idris, la nzonzing (la copine de réserve lorsqu’il y a une titulaire) de son meilleur ami, dont les baisers ont le goût de fraise, lui fait du rentre dedans. Jusqu’à la crise ! La catastrophe dans la vie amoureuse de ce jeune garçon qui entreprend une sorte d’initiation à la vie adulte avec les risques et Les accomplissement qui vont avec. Le jeune héros narrateur, qui décidément plaît à aux filles, est perdu et se recherche et à travers la construction de sa conscience amoureuse, construit en réalité sa propre identité de jeune homme. C’est une sorte d’initiation à la vie adulte, au sens des responsabilités. Le rythme de l’intrigue est plaisant, et l’histoire se déroule à travers un Kinshasa qu’il nous décrit avec beaucoup de poésie.

La poésie est une caractéristique de l’écriture « kinoise » de Makengo. Une poésie bien de cette ville que je vous laisse découvrir à travers ces extraits.

La caractéristique de l’écriture de Makengo, c’est la musicalité. Makengo a une écriture rumba ! Avec l’imaginaire, les figures de style bien caractéristiques de cette musique. Sur des nombreuses pages j’avais l’impression d’écouter Koffi ou Fally Ipupa.

C’est donc réellement une plongée dans la magie de ce Kinshasa. Avec sa jeunesse inventive, ses vices, et ses beautés. Avec une rare fidélité, Joël Makengo raconte avec justesse La jeunesse Kinoise, dans sa langue, et dans son universalité de jeunes du monde, avec les mêmes soucis et les mêmes défis et la même urgence de s’adapter à un monde pas tout à fait conçu pour eux. 

Si j’ai quelques reproches à faire à Joël c’est le choix qu’il fait d’utiliser presque systématiquement les verbes français dans son Kinois. Beaucoup plus en tout cas que dans la réalité kinoise. Mais ce défaut a sa propre beauté aussi, parce qu’au final, Joël fait du travail d’artiste. Il ne se contente pas de copier la langue de kinshasa. Il invente sa propre langue, avec une sonorité bien particulière. 

Il dit par exemple : « batu ba ko fuir na ba palais ». Le Kinois dirait plutôt batu bako kima. C’est un choix qu’il fait et que je respecte, car il porte la marque de sa propre originalité. Et donc quelque part de la littéralité de sa littérature.

C’est vrai qu’on peut lui reprocher de ne raconter qu’un certain Kinshasa, celui de cette langue-là, avec des traits un peu trop accentués, parce que si le Kinois est bien répandu dans la capital. Ce n’est pas nécessairement celui de Makengo, un peu clivant et marqué. Là aussi, il répondrait sans doute, qu’il fait un choix. Que c’est un regard subjectif sur Kinshasa. Celui d’un jeune Kinois, fier de sa ville et de son imaginaire, qui assume cette identité complexe en surlignant peut-être un peu fort les traits marquant de cette cité grouillante et d’avenir.

On peut également lui reprocher que la superficialité de l’intrigue, avec ses coups de théâtre convenus et son final un peu convenu. Mais ces reproches pèsent peu lourd face à ce courant d’air frais et innovant qu’apporte l’écriture de Makengo et sa sensibilité rumba si particulière, qui ne peut manquer de parler aux cœurs d’un Kinois d’ici ou d’ailleurs.

Je n’oublierai surtout pas la leçon : « pensée eza faux bore ». Ko bendela muninga film te. Sala o vérifier yo moko ba faits.

Alors … on lui donne combien d’étoile sur Cinq ? ****. Amplement mérité, parce que comme le roman de Richard Ali, celui-ci prend date, rendez-vous avec l’histoire de la littérature congolaise. Bon vent au roman et à l’auteur.

Le livre est disponible à la librairie de la ville de l’Institut français de Kinshasa (Halle de la GOmbe)

Beta kaka miziki : Kangu-lia a lelisi Petit KinNwa

  • Vieux !
  • Oui Pire Petit !
  • Masta na yo, Vieux Kangu-lia Asani nga dezar !
  • Na ndenge nini ?
  • Na battra petite Lemba, tshitok. Ti petite andima ngaï. To vandi pe bien. To zo sala ba projet ya vie malembe malembe. Kasi Vieux Kangu-lia, nzoka ye pe, abandaki ko boulele petit. Ayebisa batu ke ye aleki nga na lar, na kosana na ba succès ya ki-nduliste te …
  • ah bon ? Esuki ndenge nini ?
  • Vieux Kangu-lia ameki meki ! Petite a kale.
  • donc o gagné ye
  • Mpaka, yoka nanu …
  • petite a poni na ye ngai
  • malgré lar y’a kangu-lia ?
  • Vieux, ba faux lar, ya muyibi !
  • donc o gagné ye ?
  • ah Vieux, na suka fin des fins, Vieux wana faux esprit, a travailler ba parents ya petite. Bango ba lingeli ngai boule !
  • Na ndenge nini ? Ba s’imposer na petite ! Ba balisi ye Vieux kangu-lia na makasi ! Na simbi dernier des touches !
  • Na yibi yo muana na yo wana ! Vraie
    Chérie !
  • Na sala nini Vieux ! Na kende ko tsha désordre kuna, na belle famille na nga, esika ba vanadaka na quartier parlement ?
  • Oyebi famille Bantu-wa-liban ?
  • oui Vieux.
  • ba fingaki grand frère na bango na belle famille, kaka na quartier wana ya Parlement ! Ba sala désordre, ba gagna rien hein !
  • Vieux nga na moni, na sala kaka grève de la faim.
  • ah petit ! Tika na yo. Pona ngai ! Beta kaka muziki !
  • ah Vieux !
  • ba moni nga zoba !
  • zua kasi kamar, o sauve ! O paye instruments !
  • Ah !
Illustration de MasChris « Beta kaka Miziki »

Semaine 24/2019 : Lendemain d’anniversaire.

Son 19ème anniversaire, à elle, depuis qu’ils sont ensemble. Le temps dans sa durée et son déroulé, découpé en orage, partagé en déchirement, explosé en milliers de plaisir, traversé par une grosse peine aujourd’hui révolue, souligné par une solidarité dans l’effort, secoué par leurs bêtises, couvert des guirlandes, parsemé de « minde’étoiles », gratifié d’une belle petite fille, colorié de leurs sourires. Ce temps qui les combat et qui les anime, qui les vieillit et les vivifie, qui les décime et les résume. Ce temps est leur allié et leur ennemi féroce, fatalement vainqueur.

Elle et lui

« Notre couple n’est pas parfait. Il ne faut pas le laisser croire à ceux qui nous regardent vivre. Il faut leur dire que c’est parfois dur », lui dit-elle. Oui, c’est laborieux, c’est parfois détestable. Il en est bien conscient, parfois l’idylle est traversée par des « je te hais », par des « je pars », par des « c’est fini », par des trahisons, des lâchetés, des saloperies, des conneries. Toutes ces bassesses, ces turpitudes, bêtement humaines.

Mais la vraie question est : si c’était à refaire ? Trois fois oui. Ils reprendraient le même chemin, la même piste avec ses segments tortueux, ces trajets de gloire, et son itinéraire jamais prévenu. Trois fois oui. Il la choisirai. Et elle se ferait encore désirer.

Parce qu’ils n’ont pas besoin d’être parfaits. Ils ont besoin d’être en posture d’affronter la vie ensemble. Ils ont besoin de lire dans les yeux chacun de l’autre, la décision inéluctable de leur promenade commune dans la vie. C’est juste une lueur, une façon dont les yeux se plissent en regardant l’autre. Des petits signes qui prouvent qu’on pourra se déchirer mais qu’on ne laissera pas se briser.

Souvent ils sont gênés par les compliments sur leur couple. Comme un sentiment d’imposture. De donner une impression surfaite, trop colorée, trop glamour pour être vraiment sincère. Avec le temps, ils assument mieux. « Je sais que ceux qui nous admirent ne sont pas cons. Ils savent qu’on est pas parfait. Mais ils sentent l’essentiel, l’amour, la grinta ça doit chemar, et le travail ».

En fait, se dit-il, s’ils sont admirables sur quelque chose, c’est de faire le taf, le boulot, de transpirer pour que ça fonctionne. Parce que le mariage, c’est comme tous les machins, l’important est que ça fonctionne. « Et si on a survécu aux années galères de la fac, à neuf ans d’attente d’un bébé, à presque deux ans de séparation à plus de six mille kilomètres entre nous, à ma folie, à nos fois divergentes, à ma transformation en troubadour, on survivra à tout ce qui viendra ». C’est sur ces paroles pleine de confiance, que cet impie scella d’un baiser, ce lendemain de son anniversaire, elle, le roc et le point d’encrage.

Elle et lui

PS. Belle semaine. C’est la 24ème de l’année 2019.

PS 2. Oui désormais c’est ici qu’il faudra venir les chercher. Mes souhaits de belle semaine et mon décompte d’anxiété du temps qui passe. Sur mon blog.

PS 3. N’oubliez pas de vous abonner pour avoir le privilège de recevoir en exclusivité toutes mes lubies verbeuses.

En elle-même, elle est toute une littérature

C’est l’anniversaire de mon épouse. Ce n’est pas un poème que j’écrirai ici. Il y a quelque chose dans sa posture sur lesquelles les mots se brisent, qui rend futile le pépiement de mes phrases. Sa posture qui ne s’embarrasse guère de discours, ouvre des chemins au nombre infini pour mes rêves de créations. Moi j’essaie de créer des œuvres avec mes silences, mes phrasés et mes détours, elle, a fait de sa propre vie un magnifique chef-d’œuvre de justesse et de vérité. Elle se porte avec facilité d’une route à l’autre, avec une telle grâce, avec une telle pertinence, qu’il suffirait que je sache traduire l’itinéraire de ses prises de risque quotidiennes pour que je construise une magnifique création artistique.

Bref, je vis avec une héroïne exceptionnelle. Elle me fait pâlir d’envie, sa manière de porter son rôle sans jouer. Avec le sérieux d’une scientifique en laboratoire et la bonne humeur d’une femme qui a trouvé la formule pour se construire un ciel bleu. Il y a du génie dans sa manière de vivre sa vie et de me faire vivre la même. Je suis une montgolfière, elle me laisse voler. Me laisse grimper de nuage en nuage. Mais maintient par des cordes intimes la nacelle de mes folies.

Bon anniversaire madame mon épouse. Je cherche à fabriquer ma Littérature. A créer un monde qui s’étende au dessus de mes rêves. En fait je cherche à créer un monde qui te ressemble. Parce qu’en toi-même, tu es une belle littérature. La plus belle qui soit. Celle qui parle à mon oreille de poète et mes dictes au jour le jour, le plus beau des vers. M’asseoir et me laisse plonger dans ton regard vrai.

Les femmes de Pakadjuma

« les Femmes de Pakdjuma » est un récit écrit par Ange Kasongo Adihe et publié aux éditions du Pangolin en avril 2019.

Ange est une journaliste, pur produit de l’école kinoise de journalisme, l’Ifassic ex Isti, elle a ensuite tracé sa voie en obtenant un master d’une école de journalisme lilloise. Des passages en stage à TV5 et des piges chez Jeune Afrique ont laissé entrevoir une future grande plume ou une future grande voix de la presse. Déjà en tant que journaliste, elle a laissé entrevoir les talents et la passion des mots et de l’acte de conter dans ses Lettres de Kinshasa, publiées sur le site de JeuneAfrique.com

Ange Kasongo Adihe, le 21 mai à l’Ifasic, lors de la présentation du livre.

Le récit publié par Ange, « les femmes de Pakadjuma », c’est aussi une sorte de Lettre de Kinshasa. Pakadjuma est une de ces facettes de Kinshasa. Le quartier rouge et noire, paré dans l’imaginaire kinois de tous les vices. Prostitution, vol, pauvreté, peu de kinois n’y vont s’ils n’y sont contraints. Mais hors mis ses propres habitants, qui connaît vraiment Paka ( diminutif de Pakadjuma) ? Ophélie, française d’origine congolaise revient sur les lieux de sa naissance et de ses premières années. Un ressort secret l’attire vers ce quartier dont elle a échappé assez tôt à l’engrenage vicieux de misère. Elle veut retrouver les images de son enfance, rendue brumeuse par le temps et peut-être aussi par un refoulement inconscient.

La quête. C’est « le sujet » en littérature. Souvent c’est la quête de l’auteur lui-même. Ange, l’auteur, n’est pas Ophélie, elle n’est pas née à Paka, n’y a pas fait ses premiers pas. Elle, a fait ses classes à Kinshasa, elle n’est partie que sur le tard en France. Il n’y a donc pas, a priori, de relent autobiographique dans cette œuvre. A priori. Mais il y a bien quelque chose d’elle dans cette Ophélie curieuse de tout et habitée par cette envie de creuser, de fouiller, de comprendre, de saisir le sens de chose, celle qui ne se contente pas du décor, celle qui fait le contour pour regarder l’envers, le revers, celle qui analyse, décale sa réflexion, s’entête. Il y a de l’Ophélie dans cette Ange, ou plutôt de l’Ange dans cette Ophélie.

Ophélie elle, n’arrête pas de chercher la petite case de tôle et de bois qui l’a vu naître. Elle cherche l’histoire de sa mère avec laquelle elle vit mais le récit de leur passé est trop brodé de silence. Il y a un secret. Un secret dans ces silences. Un secret dans Les non-dits de sa mère. Va-t-elle le découvrir ? Très vite ce suspens nous tient en haleine. Saura-t-elle ce que sa mère lui a caché ? Et qu’en fera t’elle ?

Je ne vais pas « spoiler ». Je vais vous laisser une raison supplémentaire de lire ce livre. Parce qu’il y en a plusieurs, des raisons. Ce récit raconte sans complaisance mais avec bienveillance un Pakadjuma tel que vous ne l’avez jamais imaginé. Un Paka qui ressemble à Kinshasa, simplement. Un Paka qui est bien le lieu de prostitution, de vol, de violence que l’on décrit habituellement. Mais pas que. Parce que le Paka d’Ange est aussi le lieu où les hommes et femmes, font ce que les hommes et les femmes du monde entier font. Se battre pour et contre leur dignité. Se disputer avec leur humanité. Se consacrer à la tâche de retrouver le fil humain de leur être intérieur, souvent perdu dans la lutte de vie et de survie. Les gens de Pakadjuma, peu importe ce qui les amène là-bas. C’est le même combat éternel qui s’y poursuit, un combat pour préserver et ajouter de l’âme dans les choses et les gens. Et Paka c’est kinshasa, son envers peu avouable, comme le secret de la mère d’Ophélie. Son reflet à la fois sombre et somptueux. D’une ville chaleureuse et humaine, avec les excès et les beautés des humains. Ce livre nous rappelle que Paka nous ressemble.

L’autre raison de lire Ange, c’est qu’elle écrit bien. Certaines pages sont des vraies morceaux de litterature, avec une belle écriture imagée et par moment poétique. 

Ange et sa belle écriture, se sont laissées déjà entrevoir dans ses articles de presse. Justement son écriture a les défauts de ses qualités. La journaliste ne quitte pas l’écrivaine. C’est une bonne chose. Précisions, sens du détail, présentation des différents angles du sujet, … Mais parfois la journaliste embête un peu l’écrivaine. Par exemple elle nous laisse cette impression d’inachevé que parfois le traitement de l’info impose, … j’ai l’impression qu’elle n’a pas suffisamment exploiter le ressort dramatique de son histoire. Elle aurait pu en faire une plus « grande » histoire … ce n’est pas perdu il me semble. Une suite, une suite, une suite ! Madame !

Parfois la journaliste nuit au style de l’écrivaine. « L’insalubrité n’est plus à démontrer ». Cette phrase m’a énervé ! Me rappelant les formules convenues des journalistes de la rtnc ! 😡 

Globalement, j’ai aimé lire ce livre. Surtout les introductions de ces chapitres. La plume est posée. Dans le cours du récit, parfois elle prend trop la vitesse, comme s’il y avait une urgence à raconter son histoire.

« C’est une journée ordinaire. Le soleil tape déjà. Pas un souffle de bonheur. Pas une ombre avant celle de la gendarmerie située à l’entrée de la cité, qui n’inspire guère confiance. Même une mouche ne se serait pas présentée dans cette gendarmerie qui pue la corruption. » j’ai adoré ces pages où elle laisse sa plume aller.

Bref lisez ce livre. Vous ne le regretterez pas. Ne vous fiez pas à mon évaluation, délibérément sévère pour une amie que je veux voir faire mieux.

Moi-même, la célèbre Chantal Kanyimbo, la maraine du livre, et l’auteur, lors de la présentation du livre, le 21 mai 2019, à l’IFASIC.

Combien d’étoiles sur 10 ? ****** 6/10 bon début, mais peut et doit mieux faire.

Vous avez une minute pour un Café … littéraire ?

Tout a commencé par des mots postés sur Facebook. Comme une bouteille à la mer. Missy Bangala, femme aux multiples casquettes et lectrice impénitente, écrivait que si au premier rendez-vous avec un garçon au domicile de celui-ci, elle ne tombait sur aucun livre, il n’y aurait pas de seconde chance. C’était début août 2017. Dans le fil des commentaires à cette publication sous forme de boutade ( mais peut-être qu’elle était sérieuse !), est née la merveilleuse aventure du Café littéraire, autour de Missy et Christian Nzau Lembe, un autre couteau suisse (de Belgique) passionné de la vie. Autour d’eux, dis-je, une dizaine de jeunes écrivains, poètes, slameurs, musiciens, lecteurs vont lancer une des plus belles aventures littéraires kinoises.

La prochaine activité du Café Littéraire de Missy

Le Café littéraire de Missy, c’est des rencontres, des événements, des initiatives autour de la lecture et du livre mais aussi des arts et de la culture en général. Avec des adultes et des enfants, des professionnels et de simples curieux.

La force du Café littéraire, c’est d’être un grand fédérateur de nombreux groupes et initiatives littéraires qui foisonnent à Kinshasa. Un catalyseur d’énergie. Une convergence enthousiaste des imaginations décidées à réveiller la littérature congolaise, longtemps réputée, en partie à tort, engourdie. Kinshasa est aujourd’hui un lieu culturel, en particulier littéraire plein de vie, grouillant d’événements, un véritable concert des mots.

Dans cette folie bouillante et bruyante, le Café littéraire de Missy n’est pas seul. Il interagit avec plusieurs autres initiatives toutes plus belles les unes que les autres. Même si vous êtes kinois de naissance, il se peut que vous passiez à côté de cette ambiance là de Kinshasa.

Le Festival de Lecture Scénique du Tarmac Des Auteurs dans le cadre duquel le Café Littéraire de Missy co-organise l’événement du Jeudi prochain

Tenez la prochaine activité du Café littéraire de Missy aura lieu le jeudi 6 juin à Kitambo. (Voir Affiche ) 

Mbote ! Kinshasa est une ville d’Ambiance, mais parfois elle se pare de belles lettres. Le Ndombolo est moins seul qu’il n’y parait.

Quelques associations œuvrant pour la Littérature à Kinshasa : Le Café Littéraire de Missy, Apéroésie, L’Atélier pour le Leadership, l’Excellence et la Formation (ALEF), Collectif Envie d’écrire, Association des Jeunes Écrivains Congolais (AJECO), le Tarmac des Auteurs, …

Une activité d’ALEF avec la participation du Café Littéraire de Missy.

Etienne

Écrire l’Histoire du Congo ? Non. L’inventer. La réinventer. Le Récit. Nos Drames, nos Rêves, nos Braves, nos lâchetés, nos batailles, nos triomphes, nos reculs, nos massacres, nos petitesses, nos héros, nos terreaux, nos catastrophes, nos peurs, nos génies, nos bêtises, nos réussites, nos hémorragies, nos fractures, nos ciments, nos errements, notre CONGO. Et toi en très bonne place, quelque part dans ta verte humanité, avec tes faiblesses et tes beautés sublimes. Etienne. Je suis aussi ton fils. Depuis si loin, je suis ton fil. Deux ans après, je n’ai plus de tristesse. J’ai de l’émoi, et de la sagesse, à relire ta vie, j’ai vu ton humble humanité et ton orgueilleuse singularité. Ta vie en forme de gribouillages. Tu te souviens ? Cette sublime rature sur le texte de ta prestation de serment. Tu n’as pas gagné le pouvoir, mais tu as gagné de pouvoir partir la tête haute. Ta vie diserte disserte mieux que des faibles mots. Un jour, j’écrirai. Je conterai ton histoire. Qui est un peu, beaucoup celle du Congo. Entre destin promis à la gloire et rendez-vous manqués. Mais avec l’histoire, rien n’est vraiment manqué. Rien. Les pas et leurs traces qu’efface le temps, laissent des empreintes dans la Mémoire. La Mémoire de ce CONGO qui vacille, à l’heure de te porter sous terre. Adieu Vieux Père. Tu n’entres pas dans l’histoire, tu l’as magnifiquement raturée.

Etienne n’est pas entré dans l’histoire. Il l’a magnifiquement raturée.