Le Congo comme une évidence.

Le 30 juin 1960. La date de l’accouchement d’une Nation inachevée. Le drame de ces tribus résidus d’Etats organisés qui avaient occupé l’espace et les imaginaires avant que les esclavagistes et les colons ne viennent foutre la pagaille, c’est que, ce dont ils avaient le plus besoin en cette date-là, c’était moins d’indépendance que d’identité.

Les armoiries du Congo. Source : Isidore Ndaywel, Brève histoire du Congo, ed. Mediaspaul.

C’est quoi le Congo aujourd’hui, cet héritage-fardeau ? C’était quoi le Congo en 1960 ? Un peuple uni par le sort ? Non. Le Congo est tout sauf un accident. Le Congo c’est le fleuve. Le bassin hydrographique de ce fleuve en forme courbée comme les chutes de reins de nos femmes, nourri par tant de cours d’eau, comme une femme gâtée par une multitude de prétendants prêts à tout pour la belle. Il faut se rendre à l’évidence, le Congo est une évidence, qui aurait surgi de l’histoire, forcément, à un moment ou à un autre. Même sans la sanglante intervention occidentale.

Les drapeaux du Congo. Source : Isidore Ndaywel, Brève histoire du Congo, ed. Mediaspaul.

Le Congo est une évidence qui s’est imposé aux puissances de Berlin. Pas un accident. Le Congo est une destinée pas le fruit d’un compromis bancal et mercantile. Le Congo est une histoire qui a porté elle-même les germes de son demain. C’est cela le

Congo. Je crois que la vraie indépendance n’est ni politique, ni même économique. Elle est mentale, mais surtout mémorielle et identitaire. Le Congo n’est pas le fruit d’un dessin tracé à Berlin par des vieillards ventripotents, et cupides. Le Congo n’est pas l’histoire des banals comptoirs d’achat, évolués en postes d’exploitation. Non le Congo n’est pas né à Berlin, ni de la rencontre entre deux européens aventuriers perdus dans nos brousses et nos savanes et dont on a fait les retrouvailles un jalon inutilement important de notre histoire. Le Congo n’en a rien à foutre dans sa posture à vocation millénaire de cet arbre troué qui aurait logé un étranger dans son ventre et dont nous avons fait un symbole de notre tourisme mémorielle. Il faut dégager le Congo de ce récit-là. Et en inventer un autre. Oui parce que les récits de tous les peuples s’inventent. Avec les bribes des butins des mémoires.

Non, il ne faut pas dire que le Congo a son destin tributaire de la conférence de Berlin. Il faut dire que le Congo est la grossesse de l’Afrique, qu’il est né de sa propre naissance, conçu de son propre coït avec les terres et les eaux qui l’ont façonnée en bassin et en cuvette avant d’abriter des états successifs et inutiles. En fait le seul Congo qui a une existence réelle et conforme à l’ordre des choses, c’est ce Congo là, géographique et historique, le Congo étatique n’est pas encore né. Parce que les institutions naissent de l’imaginaire et nous notre imaginaire est inachevé. Je n’irai pas jusqu’à dire que Les éternuements et les fièvres qui nous tiennent grabataires depuis des décennies tirent leur origine dans cet errement d’identité. Il est de la nature des peuples de vivre d’atermoiements pendant un certain temps qui peut être long. J’ai bon espoir que nous passerons cet étape là. Mais je pense que ce sera plus long, si l’on tarde à se raconter une autre version, non, un autre versant de notre histoire. Le Congo est une évidence. Il a existé déjà dans les échanges avérés entre les royaumes et les empires qui nous ont construit les peuples que nous sommes. Il a existé dans le cours de ce fleuve qui réunit les peuples comme il unit ses affluents. Il a existé dans nos migrations communes, et diverses mais qui ont toutes convergé à nous installer dans cette cuvette du Congo.

Isidore Ndaywel, Brève histoire du Congo, ed. Mediaspaul.

Je vais poursuivre mon propos ailleurs. Aujourd’hui, on commémore, on ne fête pas dit le président. Parce que la saignée continue. Parce qu’à défaut de gagner des coupes, nous offrons au monde les croupes de nos mères à violer. A l’échelle de notre histoire millénaire passée et à venir, ce sont des petits incidents, des soubresauts mineurs que le Congo aura oublié dans quelques années ou dans quelques décennies ( quand on aime on ne compte pas le temps). Mais à l’échelle de nos pauvres vies humaines, c’est un Congo-gâchis dont les douleurs nous griffent. En fait ce Congo là, il faut nous en éloigner, le couvrir de nos vomis. Lutter contre ses odeurs putrides par nos propres odeurs, celles des émanations de nos vomis et autres effluves. Parce que ce Congo là ne mérite pas autre chose. Il faut se révolter contre ce Congo là, refuser de le banaliser. Nous méritons un meilleur Congo et en entendant d’avoir le Congo de nos rêves, nous pouvons déjà bâtir un Congo plus conforme au récit qui est profondément le sien. Un Congo puissant et dans lequel bat le Cœur de l’Afrique.

L’erreur dans notre approche axiologique, c’est que notre profession de foi pour le Congo est tout dirigé vers le futur. Alors qu’il s’agit d’abord de croire en notre passé. On nous l’a tracé en pointillé. Il nous faut faire preuve d’imagination pour le tourner à notre avantage.

Isidore Ndaywel, Brève histoire du Congo, ed. Mediaspaul.

Dans cette guerre mémorielle, Les commémorations, les célébrations ont leur place. Si on ne veut pas fêter, à juste titre, il n’y a aucune raison pour faire l’impasse sur une commémoration solennelle. Aucune ! On ne peut pas rêver le Congo éternel, si on ne marque pas d’une pierre blanche, le jour où nous sommes symboliquement redevenus ce que nous n’avons jamais cessé d’être. Une évidence ! À se réapproprier.

2 commentaires sur “Le Congo comme une évidence.

  1. C’est sérieux ?
    Pourquoi donc garder un drapeau qui a une telle origine ?
    Autant le changer en un autre plus inspirant que celui-ci…

    Je te remercie pour ce grand partage qui m’a tellement fructifié que de la joie et du bonheur dans mon cœur !

    Amitiés,
    Stéphane

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s