Les femmes de Pakadjuma

« les Femmes de Pakdjuma » est un récit écrit par Ange Kasongo Adihe et publié aux éditions du Pangolin en avril 2019.

Ange est une journaliste, pur produit de l’école kinoise de journalisme, l’Ifassic ex Isti, elle a ensuite tracé sa voie en obtenant un master d’une école de journalisme lilloise. Des passages en stage à TV5 et des piges chez Jeune Afrique ont laissé entrevoir une future grande plume ou une future grande voix de la presse. Déjà en tant que journaliste, elle a laissé entrevoir les talents et la passion des mots et de l’acte de conter dans ses Lettres de Kinshasa, publiées sur le site de JeuneAfrique.com

Ange Kasongo Adihe, le 21 mai à l’Ifasic, lors de la présentation du livre.

Le récit publié par Ange, « les femmes de Pakadjuma », c’est aussi une sorte de Lettre de Kinshasa. Pakadjuma est une de ces facettes de Kinshasa. Le quartier rouge et noire, paré dans l’imaginaire kinois de tous les vices. Prostitution, vol, pauvreté, peu de kinois n’y vont s’ils n’y sont contraints. Mais hors mis ses propres habitants, qui connaît vraiment Paka ( diminutif de Pakadjuma) ? Ophélie, française d’origine congolaise revient sur les lieux de sa naissance et de ses premières années. Un ressort secret l’attire vers ce quartier dont elle a échappé assez tôt à l’engrenage vicieux de misère. Elle veut retrouver les images de son enfance, rendue brumeuse par le temps et peut-être aussi par un refoulement inconscient.

La quête. C’est « le sujet » en littérature. Souvent c’est la quête de l’auteur lui-même. Ange, l’auteur, n’est pas Ophélie, elle n’est pas née à Paka, n’y a pas fait ses premiers pas. Elle, a fait ses classes à Kinshasa, elle n’est partie que sur le tard en France. Il n’y a donc pas, a priori, de relent autobiographique dans cette œuvre. A priori. Mais il y a bien quelque chose d’elle dans cette Ophélie curieuse de tout et habitée par cette envie de creuser, de fouiller, de comprendre, de saisir le sens de chose, celle qui ne se contente pas du décor, celle qui fait le contour pour regarder l’envers, le revers, celle qui analyse, décale sa réflexion, s’entête. Il y a de l’Ophélie dans cette Ange, ou plutôt de l’Ange dans cette Ophélie.

Ophélie elle, n’arrête pas de chercher la petite case de tôle et de bois qui l’a vu naître. Elle cherche l’histoire de sa mère avec laquelle elle vit mais le récit de leur passé est trop brodé de silence. Il y a un secret. Un secret dans ces silences. Un secret dans Les non-dits de sa mère. Va-t-elle le découvrir ? Très vite ce suspens nous tient en haleine. Saura-t-elle ce que sa mère lui a caché ? Et qu’en fera t’elle ?

Je ne vais pas « spoiler ». Je vais vous laisser une raison supplémentaire de lire ce livre. Parce qu’il y en a plusieurs, des raisons. Ce récit raconte sans complaisance mais avec bienveillance un Pakadjuma tel que vous ne l’avez jamais imaginé. Un Paka qui ressemble à Kinshasa, simplement. Un Paka qui est bien le lieu de prostitution, de vol, de violence que l’on décrit habituellement. Mais pas que. Parce que le Paka d’Ange est aussi le lieu où les hommes et femmes, font ce que les hommes et les femmes du monde entier font. Se battre pour et contre leur dignité. Se disputer avec leur humanité. Se consacrer à la tâche de retrouver le fil humain de leur être intérieur, souvent perdu dans la lutte de vie et de survie. Les gens de Pakadjuma, peu importe ce qui les amène là-bas. C’est le même combat éternel qui s’y poursuit, un combat pour préserver et ajouter de l’âme dans les choses et les gens. Et Paka c’est kinshasa, son envers peu avouable, comme le secret de la mère d’Ophélie. Son reflet à la fois sombre et somptueux. D’une ville chaleureuse et humaine, avec les excès et les beautés des humains. Ce livre nous rappelle que Paka nous ressemble.

L’autre raison de lire Ange, c’est qu’elle écrit bien. Certaines pages sont des vraies morceaux de litterature, avec une belle écriture imagée et par moment poétique. 

Ange et sa belle écriture, se sont laissées déjà entrevoir dans ses articles de presse. Justement son écriture a les défauts de ses qualités. La journaliste ne quitte pas l’écrivaine. C’est une bonne chose. Précisions, sens du détail, présentation des différents angles du sujet, … Mais parfois la journaliste embête un peu l’écrivaine. Par exemple elle nous laisse cette impression d’inachevé que parfois le traitement de l’info impose, … j’ai l’impression qu’elle n’a pas suffisamment exploiter le ressort dramatique de son histoire. Elle aurait pu en faire une plus « grande » histoire … ce n’est pas perdu il me semble. Une suite, une suite, une suite ! Madame !

Parfois la journaliste nuit au style de l’écrivaine. « L’insalubrité n’est plus à démontrer ». Cette phrase m’a énervé ! Me rappelant les formules convenues des journalistes de la rtnc ! 😡 

Globalement, j’ai aimé lire ce livre. Surtout les introductions de ces chapitres. La plume est posée. Dans le cours du récit, parfois elle prend trop la vitesse, comme s’il y avait une urgence à raconter son histoire.

« C’est une journée ordinaire. Le soleil tape déjà. Pas un souffle de bonheur. Pas une ombre avant celle de la gendarmerie située à l’entrée de la cité, qui n’inspire guère confiance. Même une mouche ne se serait pas présentée dans cette gendarmerie qui pue la corruption. » j’ai adoré ces pages où elle laisse sa plume aller.

Bref lisez ce livre. Vous ne le regretterez pas. Ne vous fiez pas à mon évaluation, délibérément sévère pour une amie que je veux voir faire mieux.

Moi-même, la célèbre Chantal Kanyimbo, la maraine du livre, et l’auteur, lors de la présentation du livre, le 21 mai 2019, à l’IFASIC.

Combien d’étoiles sur 10 ? ****** 6/10 bon début, mais peut et doit mieux faire.